France Culture – La Creuse: territoire d’expérimentation de la culture du chanvre

Invité à l’antenne de France Culture dans l’émission des Enjeux territoriaux pour échanger sur la Creuse et la culture du chanvre. Je suis revenu sur le rapport parlementaire que nous avons rendu et qui distingue les trois différents usages du cannabis:
👉 L’usage thérapeutique dont l’expérimentation a été lancée depuis mars dernier, qui concerne 3000 patients et couvre 5 pathologies. C’est plus de 200 structures médicales qui ont été définies en France et qui font d’ores et déjà remonter de bons résultats.
Il est très important de rappeler que dans la plante de chanvre, on peut extraire des molécules différentes dont les plus connues sont le tétrahydrocannabinol (THC – molécule psychotrope) et le cannabidiol (CBD), qui est n’est pas considéré comme une drogue par l’OMS.
👉 Le CBD bien-être avec un taux inférieur à 0,2% dans le produit, sous forme d’huile, de tisane, complément alimentaire destiné à soulager, relaxer.
👉 L’usage récréatif qui est aujourd’hui interdit, mais dont beaucoup de pays se posent la question de son interdiction d’un point de vue santé et sécurité publique.
Il y a un véritable marché du CBD même si ce n’est pas nouveau. Il y a de la demande mais on est dans une situation compliquée car on peut importer du CBD de synthèse provenant de toute l’Europe mais nous ne pouvons pas le produire en France à cause d’un arrêté de 1990. Nous sommes parmi les derniers pays de l’Union Européenne à ne pas autoriser la production de CBD, ce qui nous prive de ce marché, de créer un certain nombre d’emplois pour des raisons totalement dogmatiques et irrationnelles.
Nous avons des CBD Shop qui ont ouvert en Creuse et le principal public ce sont les personnes âgées qui veulent soulager leurs douleurs, mais il y a aussi d’autres types de publics avec tout un tas d’utilisation pour se relaxer au lieu d’utiliser des médicaments.

Les usages du chanvre sont multiples: plasturgie, fabrication du bitume, isolation dans le BTP, etc.
Mais aujourd’hui, concrètement, nous n’avons pas le droit de couper la fleur et d’en extraire les molécules. On a simplement le droit d’exploiter la fleur en entier.
L’intérêt est aussi de pouvoir commercialiser la fleur brute et de faire en sorte que des agriculteurs puissent faire de la vente directe et transformer eux-mêmes parce que les produits finis sont directement aux mains des industriels.
L’arrêté de 1990 est actuellement en cours de réécriture car il a été condamné par la Cour de Justice de l’Union Européenne qui a considéré que la France ne pouvait pas interdire la commercialisation de CBD. Sauf, que pour le moment cette réécriture pose un cadre tel qu’il empêchera la création d’une filière française.
On ne peut pas se contenter d’importer des produits et de passer à côté d’un marché bénéfique aux agriculteurs sous prétexte de la mauvaise réputation du cannabis alors que le CBD, une fois de plus, ne se fume pas et n’a aucun effet psychotrope. 

Avec le président de la mission cannabis à l’Assemblée nationale Robin Reda et les co-rapporteurs Caroline Janvier et Ludovic Mendes, nous sommes désemparés car nous avons auditionné de nombreuses personnes pendant un an et avons fourni un rapport complet, transpartisan, dont aucune proposition n’a été retenue.
Le Président de la République avait demandé aux creusois de faire des propositions pour redynamiser le territoire dans le cadre du Plan Particulier pour la Creuse, le développement de la production de chanvre à usage thérapeutique en fait partie.
Au niveau agricole, depuis une trentaine d’années nous faisons face à une hyper spécialisation avec une seule production qui représente 80% de la zone agricole du département à l’instar de l’élevage bovin viande en Limousin sans une autre production pour diversifier.
Tout comme la noisette, le cannabis peut être une culture de diversification en Creuse avec environ 1 millier d’emplois à la clé pour la transformation agricole, l’extraction, etc. Tout le monde est concerné par ce sujet, les creusois sont impliqués.
La population nous encourage car cette production est un bon levier pour développer notre département et l’occasion de lui donner une autre image. Les creusois sont des moteurs dans cette expérimentation, il ont la volonté redynamiser notre territoire en créant de l’emploi.

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