Instagram Live avec L’Observateur politique

Jai pu échanger avec le journaliste de l’Observateur politique, Younès Ben Haddou, lors d’une interview très enrichissante. L’occasion pour moi de revenir sur mon parcours en tant que député-paysan, sur les sujets sur lesquels je travaille, notamment l’agriculture et le cannabis.

Je suis fier de concilier mon métier d’agriculteur et mon rôle de député même si ce n’est pas toujours évident. Je me suis engagé en politique avec En Marche pour défendre mes idées mais je n’abandonne pas pour autant mon exploitation sur laquelle je travaille encore. Fier aussi de représenter à l’Assemblée nationale ce métier de passion et de pouvoir porter mes valeurs au niveau national. Etre agriculteur demande beaucoup d’investissements et beaucoup aujourd’hui n’ont plus de revenu suffisant pour vivre dignement de ce métier.

Les difficultés du métier et ce manque de rémunération pèsent sur le moral de nos agriculteurs, sans compter les messages stigmatisants sur notre modèle agricole. Pourtant, en France, nous devrions nous réjouir d’avoir des fermes familiales contrairement à d’autres pays. Nous avons des modèles vertueux mais économiquement très difficiles. Les agriculteurs sont dans une position de faiblesse face à la grande distribution et aux industries agro-alimentaires. Les agriculteurs ont besoin de s’organiser et de se regrouper pour peser davantage, et surtout être rémunérés.

Même si je suis plutôt favorable aux modèles d’agriculture extensifs, tous les modèles sont interdépendants et se complètent. Toutes les filières ont besoin des unes des autres pour vivre et doivent évoluer ensemble pour répondre aux demandes des consommateurs, que ce soit sur le bien-être animal ou bien sur la protection de l’environnement. Le renouvellement des générations ne suffira pas à préserver notre agriculture, il faut un revenu digne et ce notamment pour attirer des gens extérieurs au monde agricole. Il faut une réelle volonté politique de conserver notre modèle français. Nous devons revenir à la solidarité du monde agricole qui existait il n’y a pas si longtemps dans les petites fermes. Se regrouper, échanger avec les consommateurs pour leur expliquer leur travail, présenter leurs produits, ce qui est déjà en bonne voie aujourd’hui avec les circuits courts. 

L’objectif des Etats Généraux de l’Alimentation et de la loi EGALIM dont j’étais le rapporteur, était d’inverser la logique de prix pour que l’agriculture décide du prix et qu’il soit rémunéré à hauteur de ses coûts de production. La proposition de loi de mon collègue Grégory Besson-Moreau, et sur laquelle j’ai travaillé, va venir compléter cette loi pour renforcer les dispositifs pour les revenus des agriculteurs, notamment par le biais d’une véritable contractualisation entre tous les maillons de la chaîne alimentaire et la non-négociabilité du prix. Nous poursuivons le travail pour aller au bout des choses.

Outre les sujets agricoles, je suis également revenu sur le travail mené par la mission parlementaire transpartisane sur le cannabis et dont je suis le rapporteur général.
➡️Le cannabis thérapeutique: l’expérimentation a débuté le mois dernier et qui concerne 3000 patients et prend en charge 5 pathologies majeures (douleurs neuropathiques réfractaires, épilepsies réfractaires, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques, cancers, et soins palliatifs). 
La France est l’un des derniers pays européen à avoir évolué sur le cannabis thérapeutique qui permet pourtant de soulager les patients qui sont confrontés à des impasses thérapeutiques en évitant de lourds effets secondaires. Les médicaments sont pour le moment importés dans l’attente de l’autorisation de production.

➡️ Quant au CBD bien-être, lui n’a pas d’effets psychotropes mais des effets relaxants. Les produits à base de CBD bien-être sont notamment utilisés en cosmétique ou sous forme de compléments alimentaires. Le décret permettant d’autoriser la culture et la production de fleurs de chanvre sur notre territoire est en cours de rédaction. La culture du CBD est une véritable opportunité pour notre agriculture, d’autant plus qu’elle est facile à mettre en place. Pour le CBD, les variétés de cannabis concernées ont un faible taux de THC, elles sont donc facilement cultivable en plein champ sans attirer de trafiquants. Comme on peut le voir au Portugal ou en Suisse, l’avantage du chanvre est que cette plante est facilement cultivable (elle a un faible besoin en eau et peu de produits phytosanitaires), et permet de diversifier l’agriculture. C’est une filière qui pourrait créer des milliers d’emplois, en particulier dans le cadre de la relance économique après la crise sanitaire.

➡️ Sur le cannabis récréatif, nous ne pouvons plus rester au statut quo. Pour rappel, plus d’1 million de Français avouent en consommer quotidiennement et la politique répressive actuelle est un échec. La réalité fait que nous devons avoir du courage politique face à ces enjeux de santé et de sécurité publiques.
Une fois de plus, légaliser ne signifie pas faire n’importe quoi. Il faut un encadrement des prix et de la qualité, ainsi qu’une réelle prévention, notamment auprès des jeunes pour qui la consommation régulière a des effets dévastateurs sur la santé, au même titre que l’alcool ou le tabac. Cette mission parlementaire qui nous a permis d’auditionner de nombreuses personnes et d’étudier les modèles étrangers, m’a fait changer de point de vue sur le cannabis – désormais je suis favorable à la légalisation – on voit bien aujourd’hui que c’est une solution très efficace.
La société est prête à se positionner sur cette question et c’est tout le sens de notre rapport que nous rendrons début mai car nous voulons un vrai débat sur le sujet, voire un référendum. Le cannabis ne doit plus être un tabou en France,  sinon nous n’arriverons pas à mettre en place de réelles politiques publiques. 

Replay