CORONAVIRUS : Audition du Ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume

Aujourd’hui avec la commission des affaires économiques, nous avons auditionné en visioconférence le Ministre de l’Agriculture @Didier Guillaume. 

👇🏻J’ai interrogé le Ministre sur l’opportunité de faire évoluer le cadre européen dans le but de protéger nos producteurs durement touchés par la crise. Retrouvez mon intervention en replay👇🏻

➡️Nous l’avons tous constaté durant cette crise: nos agriculteurs sont chaque jour au rendez-vous pour nourrir notre population et approvisionner tous les territoires. Si on ne peut que se féliciter du fait que la filière agro-alimentaire s’est engagée pleinement dans cet effort national, on ne peut que déplorer le fait que l’aval des filières (la grande distribution principalement) a rétabli ses marges sacrifiant celles des agriculteurs, faisant le choix de l’individualisme plutôt que la solidarité.

➡️ Au débt du confinement, la grande distribution a en effet préféré vendre les agneaux néo-zélandais qu’elle avait en stock en fermant les rayons boucherie traditionnels au profit de ses rayons libre-service. Ce n’est que très tardivement que les grandes enseignes ont commercialisé les agneaux français dont les stocks s’accumulaient dans les fermes. Mais cela s’est fait à des prix sacrifiés pour les producteurs (1euros à 1,50 euros de moins du kilo que l’année passée), en gardant des prix identiques aux consommateurs.

👉🏻Entre faire plus de profits sur le dos des agriculteurs et des consommateurs et la solidarité, ces grandes enseignes de la distribution ont choisi.

➡️Même chose pour la viande bovine dont la consommation est pourtant meilleure que l’année passée avec +14% de viande brute consommée. Pourtant les prix aux producteurs ont baissé de 10 à 20 centimes du kilo de viande suivant les catégories. On est donc bien loin de la loi de l’offre et de la demande !

👉🏻L’interprofession du lait (CNIEL) a pris la décision courageuse de réduire sa production de lait mais cela va malheureusement obligatoirement déstabiliser encore plus la filière viande avec l’arrivée d’un grand nombre de vaches laitières sur le marché. 

‼️Le déséquilibre structurel du rapport de force au sein de la filière agricole et alimentaire est encore plus violent en ces temps de crise. 

➡️Les producteurs qui ne veulent pas diminuer le prix de vente de leurs productions sous signes officiels de qualité et qui refusent ces baisses voient leur stock en ferme augmenter car les operateurs privilégient les animaux plus standards sur lesquels ils massacrent les prix. 

➡️Il est donc nécessaire de mettre en place du stockage privé aussi au niveau de la filière viande avec des prix d’intervention au niveau des coûts de production. 

Nous avions dans la loi EGAlim voté la contractualisation sur la base de ces coûts. Cette contractualisation ne s’est hélas pas suffisamment mise en place. 

➡️Cette crise nous donne aujourd’hui l’opportunité de faire évoluer notre cadre réglementaire et notamment le cadre européen du droit à la concurrence. 

➡️Afin de faciliter cette contractualisation et de renforcer la structuration des filières agricoles, des outils de régulation de marché semblent plus que jamais nécessaires. On voit bien qu’il y a une véritable prise de conscience mondiale de l’importance de la souveraineté alimentaire. Cette souveraineté nous ne pouvons la garanyir que si nous avons des filières fortes avec des organisations de producteurs et des associations d’organisations de producteurs solides.

❓Ne serait-il pas le moment comme le Président de la République l’avait appelé de ses vœux, de revoir les règles de l’OMC afin d’aller vers une convergence des normes notamment environnementales ? Nous devons stopper ce dumping sur l’alimentation qui est en train de grandement fragiliser notre modèle agricole français qui est respectueux de l’environnement. Or cela ne peut se faire que si tous les pays jouent dans la même cour avec les mêmes règles.

➡️Dans sa réponse, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume m’a assuré qu’au niveau européen il avait fait la demande de l’utilisation de l’article 222 du règlement OCM (Organisation Commune des Marchés agricoles) qui prévoit que sous certaines conditions, durant les périodes de déséquilibres graves sur les marchés, la Commission européenne peut adopter des actes qui autorisent temporairement les ententes dans le secteur afin de remédier à la surproduction.